Bienvenue dans le monde des outils de demain pour la conservation des forêts. WWF a publié quelques unes des innovations qui peuvent contribuer à réduire la déforestation, adapter la gestion des forêts au climat changeant ou encore mieux protéger la biodiversité. Au-delà du buzz word, l’innovation peut véritablement créer des outils pour la conservation de la nature et répond aux besoins pressants d’une époque environnementalement cruciale, à la condition d’être évaluée avec rigueur tant dans son utilité réelle que sur ses impacts négatifs parfois inattendus.
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Des radars satellitaires pour lutter contre la déforestation
La télédétection par Lidar (Light Detection and Ranging) et radar permet d’analyser les forêts de manière détaillée (surface, volume de bois, carbone, archéologie...) en utilisant les ondes lumineuses ou radio pour cartographier et décrire la structure des canopées, des sous-bois et même des premiers horizons du sol. Le Lidar envoie des impulsions laser depuis un avion ou un satellite et peut être utilisé pour mesurer la hauteur des arbres, la densité du couvert forestier, et les variations de la micro-topographie de surface du sol (ce qui est utile par exemple en archéologie). Le radar, quant à lui, peut pénétrer les nuages et le couvert végétal et détecter des informations sur la biomasse. Entre 2017 et 2021, WWF France et le CNES ont collaboré sur l'utilisation environnementale de nouveaux radars satellitaires. Un projet de recherche (thèse) a testé et mis au point de nouveaux outils d'analyse de la déforestation en l'appliquant au cas de l'orpaillage illégal en Guyane que le WWF et les acteurs locaux suivent depuis plusieurs décennies par des méthodes classiques. Pour la première fois, à partir des images radar satellitaires, « ce travail a permis d'augmenter la précision du suivi et la célérité de l’alerte. » publie WWF. Il est aujourd'hui dupliqué par le CNES pour d'autres géographies tropicales où le radar est particulièrement pertinent et la déforestation un fléau.
Au Canada, WWF a participé à la cartographie du carbone forestier à grande échelle.
La bioacoustique pour suivre la biodiversité
La bioacoustique étudie les sons enregistrés dans un écosystème. Par la pose de capteurs enregistrant dans la durée la bande son d’un site, la bioacoustique permet par exemple de mesurer la pollution sonore, de surveiller la biodiversité, d’évaluer la qualité de l’écosystème à partir de la diversité et l’intensité sonore, voire de détecter des menaces (exploitation illégale, braconnage, orpaillage illégal, espèces envahissantes...). Couplée avec des outils d’IA permettant d’identifier les espèces animales, elle permet des suivis précis. Des outils spécifiques enregistrant des fréquences spécifiques (ultrasons) sont utilisés pour étudier les chauve-souris par exemple. Moins lourde que l’inventaire taxonomique classique, la bioacoustique est aussi moins précise pour un inventaire complet ; des bureaux d’études se développent pour la généraliser mais la technologie peut s’avérer encore coûteuse. WWF et son partenaire Greenpraxis testent actuellement un usage de la bioacoustique dans le cadre du suivi général de la biodiversité d’un projet de l’initiative Nature Impact.
Au coeur de la finance environnementale
Les Paiements de pratiques bénéficiant aux Services Écosystémiques d’intérêt général (PSE) sont une innovation de la finance environnementale qui permet de rétribuer les propriétaires ou gestionnaires de forêts pour leurs efforts de gestion faits dans l’intérêt général et démontrant des impacts additionnels, comme la séquestration de carbone ou la conservation de la biodiversité. C’est un outil qui accompagne la transition vers un modèle de gestion plus écologique. Les PSE existent dans d’autres pays ou sur d’autres milieux depuis longtemps. En France, ils sont nouveaux. Ils ont fait l'objet de plusieurs projets pilotes depuis 2028 avec notamment Sylvamo, et constituent le moteur technique du fonds Nature Impact soutenu depuis sa création par La Banque postale et de nombreuses mécènes du WWF France. Le défi reste d’utiliser cet outil à l’échelle des enjeux en expérimentant des modèles économiques captant de nouveaux financements (mécénat d’entreprise, commercialisation de contribution carbone ou biodiversité).
L’ADN environnemental
L’ADN environnemental (ADNe) est l’ensemble des fragments d’ADN que les organismes laissent dans leur environnement (cellules mortes, excréments, poils ou autres restes biologiques). Ces fragments se trouvent dans tous les milieux : l’eau, le sol ou l’air. Ce sont autant de preuves ou indices indirects de la présence possible d’une espèce dans le territoire étudié. En collectant et en analysant des échantillons d’ADNe, il est possible de quantifier la biodiversité présente (nombre d’espèces brut), d’identifier des traces d’espèces dont l’observation directe est difficile mais dont l’ADN est connu (ce qui nécessite de constituer des collections) et beaucoup plus. L’ADN n’est toutefois pas séquencé pour toutes les espèces, par conséquent l’analyse est parfois restreinte à un nombre de taxons potentiels dont l’identité n’est pas connue précisément.
Les drones au service de la conservation des forêts
Les drones peuvent être un précieux outil pour la conservation des forêts grâce à leur capacité à survoler régulièrement de vastes zones et à collecter rapidement des données détaillées. Ils peuvent être utilisés pour surveiller les fronts de déforestation, détecter les incendies naissants et les points chauds à traiter, et évaluer les dégâts après des catastrophes naturelles. Les drones munis de caméras et de capteurs peuvent cartographier les forêts en haute résolution, facilitant ainsi l’inventaire des arbres, la détection de la faune, l’estimation du carbone séquestré, etc. D’autres usages comme le largage de graines ou de bombes de graines (“seed bombing”) pour favoriser la régénération sont plus controversés (efficacité, espèces, coûts). Un des principaux intérêts serait de pouvoir restaurer la couverture végétale d’espaces qui sont difficiles d’accès voire inaccessibles et/ou accidentogènes. Derrière l’engouement pour cette nouvelle méthode, un retour d’expériences s’impose pour challenger l’outil et identifier les modes opératoires assurant l’impact recherché.
La restauration des paysages forestiers
La restauration des paysages forestiers (FLR) est une approche relativement nouvelle, bien que les prémices aient été développés par WWF et l’UICN dès 2000. De façon holistique, elle qui vise à réduire les écosystèmes dégradés tout en soutenant les besoins des communautés locales. FLR agit via des reboisements ponctuels, mais surtout en restaurant les fonctionnalités écologiques des paysages. En intégrant la gestion des forêts à celles des terres agricoles et des zones habitées alentour, elle cherche à établir des usages négociés, planifiés et durables du territoire, et à aider les populations locales à réduire les pressions sur les ressources forestières dont elles dépendent souvent. En impliquant les acteurs locaux et en s’adaptant à différents contextes sociaux et écologiques, FLR est devenu l’un des phares de la Décennie de la Restauration des Écosystèmes lancée en 2021 par les Nations-Unies. FLR est fondée sur 6 principes. WWF a participé à le tester, promouvoir et mettre en œuvre sur le terrain dans de nombreux paysages à travers le monde.
Analyse des fibres des papiers et cartons
L’analyse des fibres des papiers est un outil basé sur le fait que l’anatomie des fibres est conservée lors de la cuisson des papiers. Elle est utilisée pour identifier la composition du papier, des livres ou des emballages et ainsi déterminer les espèces d’arbres et l’origine des matières premières utilisées. Cet outil est essentiel pour vérifier si le papier provient de sources responsables. En analysant en plus la proportion de fibres recyclées et les additifs chimiques contenus dans le papier, il est possible d’évaluer l’impact environnemental d’une production donnée. En 2018, une analyse en laboratoire, commanditée par le WWF France, de 60 livres Jeunesse français imprimés en Asie a permis d’illustrer les risques, notamment du fait de l’importance de l’approvisionnement mondialisé de la Chine en provenance des plantations industrielles (monocultures d’Eucalyptus ou d’Acacia) et des forêts tempérées et boréales nord-américaines (Epicéa, Douglas). Peu coûteuse et fiable, cette technologie est d’usage généralisé.
L’innovation requiert des efforts conséquents et les résultats, ne sont pas essence, pas immédiats. « Innover, c’est investir pour l’avenir, avec un pas de temps d’obtention de résultats qui dans le domaine forestier peut dépasser la décennie. » rappelle WWF et Véronique Andrieux, Directrice générale, WWF France, d’ajouter : « Cependant, pas de béatitude face à l’innovation. » Les enjeux environnementaux sont complexes et rarement résolus par une solution unique et simple. « Certaines innovations peuvent également s’avérer défavorables à la conservation des forêts. Analyser et mettre en lumière les défis et les risques associés à certaines innovations est crucial et souligne que chaque nouvelle solution doit être évaluée avec rigueur pour éviter les impacts négatifs inattendus. » rappelle t-elle.
Aussi, l’organisation encourage à « une adoption réfléchie et rigoureuse d’une démarche recherchant les innovations utiles à la conservation des forêts. Ensemble, continuons à innover pour garantir un avenir durable aux forêts et aux humains qui en dépendent. »
Sources et innovations complémentaires soutenues par WWF :
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