Jamais la fonte des glaciers n’a été aussi rapide. Des pans entiers de glace disparaissent, contribuant à l’élévation du niveau de la mer et menaçant des territoires entiers. Ce bouleversement fragilise aussi la biodiversité et amplifie le dérèglement climatique. La technologie peut-elle encore contribuer à freiner le désastre ?

Conséquences de la fonte des glaciers
Les glaciers suisses ont perdu 10 % de leur volume sur les deux dernières années et la quantité de glace amenée à disparaître est plus importante que celle prévue initialement par le GIEC. Le réchauffement dans l’Océan Arctique est deux fois plus important que dans le reste du monde. D’ici 75 ans, entre 25 % et 50 % des glaciers auront disparu. Des scientifiques, chargés d’étudier l'Antarctique et l’élévation des mers dans la zone ont remarqué que le flux et reflux des marées soulevait de plusieurs dizaines de centimètres le glacier Thwaites, deux fois par jour. Ces marées provoquent une fonte accélérée du glacier et par conséquent, élève le niveau de la mer. « Il est stupéfiant de penser qu’une légère variation de pression de l’eau de mer peut soulever l’intégralité d’un glacier d’un kilomètre d’épaisseur », explique Eric Rignot, professeur de sciences de la Terre à l’université de Californie à Irvine et auteur principal de l’étude menée sur le glacier Thwaites.¹ En 3000 ans, le niveau de la mer n’a en effet jamais été aussi élevé. Les petits États insulaires du Pacifique sont les premiers menacés. Mais la France n’est pas épargnée : une partie de la côte atlantique pourrait disparaître d’ici quelques décennies. Pire encore. La fonte des glaciers aggrave le réchauffement climatique en entraînant l’émission du méthane dans l’atmosphère, c’est un véritable cercle vicieux. La biodiversité est en danger. Les baleines, essentielles aux écosystèmes et à la production d’oxygène, manquent de nourriture. Le réchauffement prive leur proie, le zooplancton, des ressources nécessaires.
La technologie en renfort
Pour faire face, l’innovation technologique peut se révéler être un véritable atout. Le robot Icefin a pu être introduit sous le glacier Thwaites en Antarctique pour étudier l’eau de mer sous la plateforme glaciaire, la langue de glace qui flotte à l’extrémité du glacier. Une équipe de scientifiques a été envoyée sur ce dernier et déployer sonars, sous-marins robotisés, radars et équiper des phoques de capteurs à haute technologie pour étudier de plus près ce géant des glaces. En Norvège, drones et scanners lasers traquent la fonte accélérée des glaciers. « Dans le nord du pays, le recul des glaciers a atteint un niveau record cette année. Il était choquant de voir à quel point les chiffres étaient négatifs », explique Liss Marie Andreassen, professeure-chercheuse à la Direction norvégienne des ressources en eau et de l’énergie.² Autre atout indispensable aux scientifiques pour la surveillance : les satellites. L’une des missions de Copernicus, la constellation satellitaire européenne, est de participer à la surveillance et donc l’amélioration de la connaissance sur les glaciers. Sentinel-2 suit non seulement la vitesse de fonte mais surveille aussi le point de rencontre d’un glacier avec un lac ou un océan. « Ainsi, il est possible de relier les changements subis par chaque glacier à son type et à sa lithologie, ainsi qu'à son environnement et à ses éléments d'interaction, comme la circulation dans les fjords (comment la glace et l'eau se déplacent et coexistent à l'intérieur des fjords) ou le contrefort glaciaire (l'effet stabilisateur des nappes glaciaires sur les parties terrassées des glacier) » commente le programme européen.³
Surveillance accrue pendant le Vendée Globe
Célèbre course à la voile autour du monde sans escale et sans assistance, le Vendée Globe passe par des zones à risques où des icebergs peuvent être rencontrés. Pour éviter toute collision, la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA) a été mise en place autour de l’Antarctique, interdisant aux skippers de s’approcher trop près de ces blocs gigantesques de glace. Surprise : le 1er janvier dernier, plusieurs navigateurs engagés ont croisé la route d’un iceberg, ce qui n’était pas arrivé depuis 2008. Ce dernier avait été identifié par le service iceberg de la course et sa position avait été transmise aux skippers. Le tout grâce à deux types de satellites situés à 700 km d’altitude qui ont permis de les détecter : un radar qui perce les nuages et est capable de les repérer de jour comme de nuit et un autre, altimétrique, dont l’usage a été détourné pour renforcer la capacité de détection. Ils étaient plus de 100 experts réunis à Toulouse pour analyser les données transmises par les satellites et assurer la liaison avec les navigateurs. « Le satellite est l’unique moyen pour surveiller l’océan austral car il est particulièrement hostile. Une fois ces détections obtenues, on a développé un modèle de dérive qui nous permet d’anticiper les mouvements des icebergs. Cela est synthétisé dans une cartographie des risques qui permet de définir cette ZEA », conclut Franck Mercier, expert glace à Collecte Localisation Satellites, une filiale du CNES.⁴
²Ibid
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